La relique

Récit de méditation 3

L’obscurité m’enveloppe. L’astre de la nuit brille juste assez pour me révéler mon environnement proche. Une brume laiteuse recouvre mes jambes.

J’avance à tâtons jusqu’à rejoindre mon guide : un magnifique Cerf blanc, portant sur ses bois de petits passereaux aussi luisants que lui. Entre ses dents, il porte une lanterne d’un éclat fantomatique.
Il me fait signe de le suivre.
Nous nous engouffrons dans une sombre forêt. Le brouillard drape fougères et arbustes, mais également des animaux aux formes étranges dotés de grands yeux blancs et vides. Je ne suis pas à l’aise et je reste sur mes gardes.

Nous approchons d’un précipice. L’eau dégringole des falaises donnant une idée de leurs hauteurs vertigineuses. De puissants bruits d’ailes se font entendre et une immense masse sombre passe au-dessus de nous avant de disparaître.
Comme pour nous montrer le chemin, des plaques transparentes comme du verre survolent désormais le gouffre. Alignées comme un pont suspendu, je les emprunte avec prudence. Plus bas, des formes énigmatiques se dessinent dans les nuages. Finalement, je parviens de l’autre côté du précipice avec soulagement.

L’ambiance change. La brume est partie mais les lieux sont toujours aussi sombres. Je ne vois qu’un arbre ancestral qui déploie ses larges branches, alourdies par une flambée de pétales roses pâle. Le cerisier est isolé au milieu d’un petit lac aux eaux aussi noires que l’encre. De fines plaques de glace flottent à sa surface. Avec aisance, le Cerf s’élance jusqu’à l’îlot.
J’avance mon pied sur la lame gelée qui s’enfonce instantanément. Déconcertée, je me retire immédiatement. Dans mon dos, des spectres aux multiples formes s’avancent, menaçants.
Je veux protéger cet arbre, relique d’une beauté disparue.

Je ramasse un sobre morceau de bois qui s’anime d’un éclat nouveau aux mêmes teintes pastel que les pétales de cerisier. La lune se lève comme si elle répondait à l’appel. Elle se projette sur le lac, désormais plus sombre encore que le ciel. Le disque opalin se dédouble et deux colonnes d’eau jaillissent à quelques mètres au-dessus de l’eau. Leurs formes serpentines me semblent familières, mais leur présence est menaçante pour les fantômes de l’ombre, qui reculent enfin.

Aidée par les créatures aquatiques, je parviens jusqu’à l’île.
Sous le cerisier, je suis accueillie par deux biches et le Cerf. Des lianes, suspendues aux branches charpentières, flottent au rythme d’un vent inexistant et me chatouillent les joues. C’est alors que je remarque que ce que je croyais être des pétales, sont en réalité de minuscules papillons. Certains se posent alors sur moi.

Je m’assois, m’adosse au tronc et ferme les yeux avant de me réveiller.

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